O
Préface
I began writing this book while puzzling about the implication
for individual resulting from a major shift in our society’s networks.
Dusk is deeply influenced by the works of Mark
Buchanan on the small worlds, and Albert-Laszlo Barabassi on finding patterns
in randomness and on analyzing viruses spread.
This book is here thanks to Antoine Pasquali, who was
trying to link Artificial intelligence, neuroscience, and psychology while
injecting order in my magmatic parallel world.
Feel free to reproduce and use any portion of this
text, and to share it with any peer-to-peer software.
Gilémon Villemin
Hong Kong --- 25, May 2005
I
Narcissism
”J’ai lu des articles sur les
gens qui pensent qu'ils sont toujours occupés. Tu subis le stress d'un monde
auquel tu ne crois pas, où tu n’as plus rien à faire, où tout décrépit
lentement dans l'ombre, Gilémon. C'est le bad…”
-- Matthieu Ducamp (correspondance avec l’auteur)
Il
était deux heures du matin. Sonya dormait sans faire de bruit. Le chat me
regardait comme si j’étais un extraterrestre. Des astronomes venaient de
détecter une explosion d'une puissance jamais observée dans l'espace résultant
de l'absorption de l'équivalent de 300 millions de Soleil par un gigantesque
trou noir, une sorte de siphon cosmique.
Selon un communiqué de
Pfiou… Fallait s’accrocher pourse représenter ce que cela représentait
mille milliards de soleils ; un tera de soleils. En classe préparatoire,
on m’avait appris à me méfier des ordres de grandeur. On m’avait même appris
que c’était la différence entre les gens doués et les autres. Les gens doués,
eux, maîtrisaient les ordres de grandeur.
A l’époque, je m’étais automatiquement insurgé contre ce lieu commun. Ça
ne pouvait pas être si simple, il devait bien y avoir des gens brillants qui
s’en foutaient pas mal des ordres de grandeur.
Tout était tellement plus compliqué que ça en avait l’air au premier
regard. Et si cette explosion était un gros mythe. Et si
Et ben quoi ? Qu’est ce que cela pouvait bien me foutre que l’on
me mente à longueur de temps ? Que le monde dans lequel je vive fut une
illusion ; qu’est ce que cela changeait à mon petit quotidien ? En
soit rien… Pas grand chose.
Il y avait beau y avoir des trous noirs alcoolos qui se faisaient des
orgies de soleils, cela n’empêchait pas l’inertie du présent de me peser dessus
comme une vieille. J’en arrivais à imaginer que si c’était si infiniment
compliqué, c’était peut être que ça avait un lien avec la lourdeur de chaque
jour qui passait. Cherchais-je derrière les étoiles une raison pour périr, ou
pour m’offrir en sacrifice ?
J’ouvris la fenêtre pour sentir les effluves de la nuit. Il y avait un
mégot de péte sur le rebord de béton. Je me l’allumai et me calai entre mes
avant-bras en matant le vieux portier du bout de la rue. Au loin s’élevaient des
bruits d’ambulances et de voitures de flics. Même si Wanchai était calme la
nuit, ça n’en restait pas moins un quartier de la ville ayant la plus grande
densité de population mondiale. Alors ça engendrait quand même son petit lot
d’accidents, de meurtres et de fausses alertes.
J’adorais passer le temps à constater qu’il ne se passait vraiment
rien dans ma rue. On ne pouvait pas dire la même chose du reste du monde.
L’année n’avait pas super commencé, ou devrais-je dire terminé. Il y
avait eu ce putain de Tsunami de la mort qui avait littéralement balayé une
partie de l’Asie du Sud-Est.
Je l’avais un peu pris pour moi cette catastrophe. J’avais
l’impression d’en être responsable. Je revenais juste d’une petite visite au
Japon, pour vérifier que Mat ne perdait pas son niveau. En retour de fin de
soirée, j’expliquais à Sonya et à deux de ses potes que l’on ne pouvait pas
comprendre les Japonais si on ne les regardait pas comme des individus faisant
parti d’une civilisation plus fragile que les autres. Niveau catastrophe, ils
avaient déjà pris super cher au court de ce siècle et ils risquaient de
remettre ça un jour ou l’autre, dans plus ou moins longtemps. Toutes les
probabilités étaient là pour qu’un homme sain d’esprit n’aille pas y vivre.
Alors comment expliquer cette contradictoire opulence de détermination bien
humaine, ces dégoulinades de constructions défiant le futur, ce goût inné de la
discipline et de la contrainte ? Cela dépassait le début d’idée que je
cherchais à leur passer, mais toujours était-il qu’ils étaient en sursis. Ça
les faisait légèrement réfléchir, les potes de Sonya. Surtout que l’un d’eux
voulait absolument se barrer là-bas parce qu’il était amoureux des Shibuya
girls qui lui rappelaient les minettes des clowns dans Akira.
Exactement au même moment, à quelques milliers de kilomètres plus
loin, un tremblement de terre de chez ” whose your dady corp”, déviait la planète de son orbite. Pendant
que nous nous faisions peur en en parlant et en nous défonçant le crâne, ça
n’avait pas pété à Tokyo, mais au Nord de Sumatra.
Le lendemain matin après avoir passé une nuit remuante de cauchemars morbides
en série où je me battais contre le cancer, j’allumai machinalement le vidéo
projecteur. Les deux lascars étaient déjà partis et avaient l’air d’avoir
fini l’herbe de Sonya. Elle revenait de la cuisine ou elle avait préparé du
café. Elle avait une gueule terrible du type ”je
viens d’apprendre que j’ai le DAS ”.
-
Toi
aussi t’as pas dormi ?
-
Pffff,
j’ai pas réussi à fermer l’œil de la nuit, j’avais
l’impression que mon cerveau allait exploser !
-
Tiens
c’est rigolo, j’ai eu la même sensation, mais moi je rêvais.
-
Ben,
oui, mais c’est quand même bizarre, je n’avais pas passé une telle nuit depuis
ma première patrouille à gaza.
-
Ah
ouais, tant que ça… t’avais beaucoup fumé ?
-
Oui
pas mal… ton pote le Népali. Il a des sacrés trucs en ce moment.
-
Bizarre,
c’est pourtant pas la saison.
-
Bo… y
a plus de saisons pour ce genre de plantes.
-
Coomment
tuu paarles ?!?
-
Ben regarde,
y a encore eu un attentat en Indonésie !
-
Hein ?
Ou ça ?
-
Ben là
regarde la dépêche AFP.
-
Waw…
cinq mille morts ! Mais c’est pas en Indonésie, mais en Thaïlande, espèce
de grosse débile !
-
Putain !
C’est pas une attaque terroriste mais un tremblement de terre.
-
Nan ?
-
Si !
-
Nan ?
Elle s’échauffait.
-
Ben
si ! Regardes, ça à ravagé les côtes d’une dizaine de pays.
-
Nan ?
-
T’es
chiant à la fin.
-
Et à
quelle heure c’est arrivé ?
-
Neuf
heures du matin… Oh, c’est pas vrai ! J’ai tellement mal dormi que j’en
avais oublié notre discussion.
-
Ben
voilà, c’est de ça que je voulais parler !
-
C’est
fou !
-
Ben
ouais, c’est pas mal ouf ! Combien de temps a mis la vague pour atteindre
les terres où elle a tué les gens ?
-
Attends
c’est compliqué… ben c’est variable.
-
C’est
pour ça qu’on a mal dormi. Pendant que tout ces gens mourraient… comment
veux-tu ne pas faire des cauchemars.
-
Ouais !
Et c’est les Américains qui ont déclenché le tremblement de terre en faisant
péter une bombe atomique ? Merci je connais tes histoires par cœur.
-
Mais
non ! Tu sais bien que c’est pas possible, puisque les tensions exercées
par la plus puissante des bombes, n’équivalent même pas au centième de la force
exercée par la lune sur la terre.
-
Ouais,
ouais… vas plutôt acheter à manger ! Il est déjà trois heures et on a
encore rien mangé.
À cet instant son téléphone sonna. Elle le décrocha avec réticence.
C’était ses deux potes de la veille qui n’en croyaient pas leurs yeux. Ils
parlaient super fort et, visiblement ça la saoulait. Elle leur répondit
sèchement de la laisser tranquille. Elle était pas d’humeur à supporter leur
excitation de drogués au nombre de victimes. Elle rajouta qu’elle en avait déjà
bien assez de vivre avec un paranoïaque qui apprenait le net par cœur. Sur ce
je m’en allais à moitié vexé, à moitié fier d’être pris pour quelqu’un d’assez
motivé pour tenter de retenir un exabyte.
Je rentrai du marché avec un poisson bleu rose, une poignée d’oignons
frais et un sac d’aubergines. Sonya m’attendait de pied ferme.
-
Mais
putain ça fait combien de temps que t’as pas fais l’amour avec une femme ?
-
Euh ?
Quoi ? Une femme ? Comment ça une femme ?
-
Ben
ouais, une femme !
-
Pas si
longtemps que ça pourquoi ?
-
T’es
rien qu’un sale pervers de merde, c’est tout !
-
Mais
de quoi tu parles ?
-
De ta
saloperie de manie de vouloir télécharger tout le porno de la terre et de me
pourrir ma connexion. Je peux même plus envoyer un mail avec tes
conneries ! Mais quand est ce que tu vas te décider à grandir ?
-
Attends,
super ! T’es bien placée pour parler. Avec ton air de rebelle de cour de
récré.
-
C’est
tellement minable que ça me tue d’entendre ça dans ta bouche.
-
Merci…
Elle me regardait avec tellement de haine que je faillis éclater de
rire. Il y avait toute la malveillance du monde dans son regard. Je ne pu le
soutenir très longtemps. Je décidai de me casser dans la cuisine pour préparer
à bouffer en espérant que ça ferait retomber la pression.
Elle était venue passer un mois à Hong Kong en espérant que ça allait
la calmer un peu. L’ambiance à New York lui était devenue insupportable. Depuis
qu’elle s’y était installée, ça n’avait été qu’une lente descente aux enfers.
Elle fumait de plus en plus de shit, dormait de moins en moins et pensait de
plus en plus à la mort. Elle avait fui la folie de la guerre en Palestine, pour
s’enterrer la tête dans des études de droit à Stockholm. Elle n’y trouva
qu’encore plus de merde. Elle se sentait devenir le pion d’une machine encore
plus répressive et injuste. A Gaza, on faisait encore semblant d’avoir un code
de l’honneur basé sur des discordes rationnelles, alors que pour elle le droit
était une sorte de guillotine déboussolée prête à couper la tête à tout ce qui
ne rentre pas dans le moule du capitalisme. Ça la faisait gerber ; son
travail lui filait tellement une sale tête, qu’elle n’arrivait plus à se
regarder dans son miroir. En plus de ça, si elle voulait éviter que cette
machine la décapite, elle devait rembourser le prêt délirant qu’elle avait fait
pour se payer ses études.
Mais ce qui me chagrinait le plus dans tout ça, c’est qu’elle en était
devenue asexuée. Soi-disant, elle était lesbienne à tendance troisième sexe.
C’est vrai que je l’avais déjà vue avec une nana. Mais au fond elle niait
complètement son potentiel de reproduction. Elle tenait un discours de petit
mec de quatorze ans. Mais elle en avait vingt neuf et surtout avait vu et fait
un sacré paquet de trucs. Elle m’avait jamais vraiment parlé de ce qui lui
était arrivé au cours de son service, mais ça l’avait assez secouée pour ne
plus jamais croire en l’être humain. Ça aussi, ça pouvait être interprété comme
de la flambe d’ado. Mais ce qui m’avait mis la puce à l’oreille, c’était que ce
fut la première personne que je rencontrais qui fumait du shit de cette
manière. C’était consciemment thérapeutique ; sans aucun remords et
assumant pleinement sa dépendance. Elle fumait de la même manière que les
grands malades qui passent leurs nuits à compter les secondes qui les séparent
de l’aube.
Elle était tellement sérieuse qu’elle me filait le cafard. Mais à la
fois elle m’intriguait énormément, c’était mon premier cas d’analyse de la
souffrance chez mes congénères. Elle souffrait en continu et du coup je pouvais
en tirer des conclusions. Ce n’était pas comme avec les autres gens qui avaient
des hauts et des bas, changeant d’état d’esprit dès que ça allait mieux. Elle
était vraiment glauque dès le premier contact. Elle donnait le ton tout de
suite et ne tendait aucun piège émotionnel. C’était du ” what
you see is what you get ”.
Je me souviens de notre premier échange. Elle venait de constater avec
effroi qu’il n’y avait plus de saké dans le frigo. Elle m’avait sorti un truc
du genre :
-
La vie
est tellement triste que je ne sais vivre que pour disparaître.
Je la fixais dans ses yeux brillants un petit moment et, je me disais
qu’elle respirait la vérité. Je m’étais senti tout de suite bien avec elle et
du coup je crois me souvenir que je lui avais répondu très spontanément quelque
chose comme :
-
Pour
dire ça, tu dois sacrément aimer les Hommes !
Ce qui la fis rigoler amèrement. De toute façon, elle ne pouvait rigoler
qu’amèrement.
Ça faisait un drôle d’effet aux gens pas habitués. Ils la prenaient un
peu pour une folle qui distille sa frustration à grand coup de provocation. Ils
n’avaient pas forcément tord. Mais ils avaient juste oublié que, fut un temps
nous étions tous fous. Et qu’en la prenant de haut, ils prenaient de haut tout
un pan de leur histoire. Ils perdaient le fil conducteur qui les reliait à
leurs ancêtres. Ils se rendaient orphelin en toute fierté. Et ça c’était le mal
le plus commun de notre génération. Inconsciemment, on voulait tous être
orphelin pour avoir le droit d’être triste. C’était une sorte de
caractéristique indispensable à toute âme cherchant à sortir de l’inconnu. Il
fallait au moins avoir mangé toute cette peine pour prétendre à un poil de considération.
Mais MOI, mes parents étaient morts pour de vrai. Et à cette époque
j’étais encore affecté par les idées que m’avait inspirées leur mort. J’avais
passé une bonne semaine à Sanaa à ne pas vraiment pouvoir y croire. Ce ne fut que
lorsque je rentrai en France et que je vis leurs corps inertes que je cédai à
une tristesse d’ordre physique. Je m’écroulai. La réalité devint parallèle à ce
que je m’étais imaginé. J’avais l’impression d’être dans un épisode de la
quatrième dimension. Cette sensation dura plusieurs mois.
Je m’identifiais à un électron libre sans noyau, pour qui tout était
devenu possible puisque je n’évoluais plus dans le même monde.
Mais tout cela n’avait pas été si terrible que ça finalement. Ils
m’avaient laissé un compte en banque plein à raz bord qui se vit amplement
réinjecté de quelques millions d’euros un an plus tard, lorsque ma dernière
grand-mère mourut de tristesse. Je n’avais plus de famille et j’étais blindé.
J’étais tellement libre que ça me rendait assez fou pour ne pas avoir besoin de
considération.
La
nuit s’échappait et le petit vieux fixait son mini téléviseur en remuant de la
patte. Je tirais sur la queue du pétard en m’imaginant à la place de ce mec, en
bas d’une cage d’escalier perdu au milieu de la nuit. Il devait voir des
fantômes à force de regarder dans le vide. Sa fierté et son courage s’êtaient
tellement pliés sous le poids de la solitude qu’il n’avait plus aucun mal à
dire :
-
Je
suis seul !
Moi, j’attendais d’en voir des fantômes. Je m’étais toujours préparer
à voir un truc de ce genre. Quelque chose qui me ferait vraiment sursauter et
qui me ferait remettre en question tout ce que je pensais savoir. A force
d’entendre ce genre d’histoire, je me disais que ça devait bien exister. Non
pas qu’il y ait une réalité derrière l’existence de ces spectres, mais tout
simplement que nos sens soient assez foireux pour nous faire voir des choses là
où il n’y avait rien. Le pire c’était qu’au final, personne ne serait jamais là
pour juger et, nous étions libres de choisir de penser qu’il y avait eu quelque
chose. Je me disais qu’avec ma mauvaise fois intellectuelle, le jour où je
verrai un truc de ce genre, je laisserai tout de suite de côté mon attirail de
rationaliste, pour me précipiter vers l’occultisme.
Je m’attendais donc à tout moment de voir une tête livide aux yeux
sans fond me regarder fixement. Il fallait que cela m’arrive à un moment où je
relâcherais ma garde. Genre lorsque que je me retournais dans mon lit, dans une
foule grouillante ou dans l’obscurité, là où l’on imagine que tout est
possible. Et alors je grincerais des dents en pensant que tout était faux.
Le péte était fini et ça m’avait donné envie d’en rouler un nouveau.
Mais je n’avais plus assez de force pour retourner dans le salon. Alors je me
fis une raison et continuai à mater dehors. Je scrutais les buildings mitoyens.
Ils devaient faire quasiment une trentaine d’étages chacun. Du coup ils me
bouchaient complètement la vue sur la mer. Dépité, je me disais que je devais
bien pouvoir glaner un peu de vie au milieu de ce carré de trente sur vingt.
Sur ces six cents appartements, il devait bien y en avoir un où il se passait
quelque chose d’intéressant ; une femme nue, un meurtre ou alors seulement
une engueulade. Je ne savais pas trop ce que je voulais, mais je voulais avoir
un peu d’intrigue.
Enfin si, je savais ce que je voulais. Sonya avait raison, ça faisait trop longtemps que je n’avais pas baisé,
pour que cela n’en devienne pas louche.
Ma dernière histoire remontait à cette furie de philippino que j’avais
rencontré en fermeture de bar. Tout était de ma faute, c’était moi qui avais
été la chercher. Mais cette malade m’avait gravement pété un boulon dans les
pattes. Elle venait d’arrêter sa cure de methamphetamines qui avait duré une
dizaine d’année. Après avoir obtenu un diplôme de chirurgie, elle avait été
entraîneuse et ne pouvait plus vraiment tenir le rythme sans en prendre. Ça lui
permettait d’être bavarde. Malheureusement, maintenant elle avait trente six
ans et sentait que ça ne pouvait pas durer. Par dessus le marché, il fallait
qu’elle s’occupe financièrement de son môme qui était resté aux Philippines.
Elle me disait souvent des trucs du genre.
-
You know I cannot continue to live like this!
-
Yes I know! I can tell. You need to calm down and start to build
something…
-
It’s because THEY are trying to manipulate me! What do they want?
-
You need to build something you can really rely on. And you should stop
thinking some people want to mess up your life!
-
So you think it’s a joke? Do you think it’s funny? What do you know
about Kate? And all those
colors?
-
I don’t know… sorry I have no clue!
-
What do you mean? You don’t believe me? You don’t know I’ve been over
exposed? Do you think I’m
crazy?
-
No …
no.
-
I’m not crazy! THEY want to make me feel crazy! And THEY want everybody
to think I’m crazy! Are you
listening to me?
Parler avec elle était une véritable torture. Elle se sentait
perpétuellement persécutée par des forces obscures qui complotaient dans
l’ombre de la frange de réalité qu’elle arrivait encore à percevoir. Elle
déformait tout et le rendait hostile. Mais voilà le problème, c’était une
véritable bombe atomique au pieu. J’hallucinais complément. Elle était douce et
elle pouvait encaisser comme une malade, non stop. Lorsque mon envie n’était
qu’une ébauche de désir, elle savait épicer la sauce avec l’un de ses nombreux
ingrédients. Je finissais toujours mes journées avec elle sur les rotules. Et
même comme ça, elle arrivait encore à me faire bander.
Tout ça ressemblait étrangement à une méthode utilisée par les
services de renseignement les plus vicelards. Elle ruinait ma libido, mon
énergie physique et, en parallèle, elle m’épuisait la conscience en voulant
m’intéresser à ses histoires de paranoïaques. Car là il s’agissait vraiment de
paranoïa. Non pas du mot utilisé à tout bout de champ pour parler d’un peu de
méfiance, mais de sa définition clinique. Cette nana était vraiment malade.
Elle me faisait des vraies crises de schizophrénie aiguës à tendance paranoïde.
Et être témoin de ça en live, c’était sacrément épuisant. Ca fusait de partout,
c’était incontrôlable, ça ressemblait à une tête de méduse.
Il fallait que je me fasse une raison. Plus je traînerais avec elle,
plus elle déteindrait sur moi et, plus elle me contaminerait de son cerveau muté.
Il y avait dans son crâne d’aliénée assez de germe de folie pour contaminer un
régiment de puceaux. Et je ne m’y étais jamais préparé moi, à autant de
virulence. J’avais toujours fait confiance à mon système de défense
automatique. D’où une histoire de cul pouvait aboutir à autant de danger ?
On ne m’avait pas appris ça à l’école.
Et pourtant si, on me l’avait appris, on me l’avait même répété, on me
l’avait craché au visage des milliers de fois. Depuis que j’étais tout petit,
mes multiples pères n’aimaient jamais les amis que je leur présentais. Ils y
décelaient toujours un truc qui n’allait pas. Moi, je m’obstinais et je
finissais par méticuleusement ranger tout ce qu’ils considéraient comme
dangereux dans mon étalage de vertus de secours.
Et voilà, finalement j’avais fini par rencontrer le grand méchant
loup. Je décidai alors sciemment de faire comme on me l’avait appris. Je devais
couper les liens de façon radicale, sans état de conscience. Je n’avais jamais
soi-disant eu les couilles de plaquer une seule fille de ma vie, car j’avais un
bouquin de milles pages de raisons de ne pas me comporter ainsi. Mais là je ne
pouvais plus l’utiliser. Il fallait absolument que je mette fin à cette
contamination.
Pas facile de décrocher, il y avait d’abord eu l’abstinence, puis ses
crises sporadiques de violence. Elle venait cogner à la porte de l’appart à 4
heures du mat. Elle sonnait, elle se plaignait, elle chialait. Puis elle
retournait dans la rue en hurlant mon nom à la mort. Bien sûr ça ne me laissait
pas de marbre. Ça me rongeait de l’intérieur cette âme errante qui ne trouvait
plus personne à hanter.
Finalement j’avais utilisé cette histoire comme un archétype des
relations entre homme et femme. Je l’avais érigé en exemple pour toutes mes
futurs rencontres. Si je savais bien que ça ne serait pas comme ça tout le
temps, il y aurait toujours moyen de tirer des liens avec ce cas d’analyse. Il
serait ma malédiction sentimentale et ce serait pour cela que je n’irai jamais
bien loin avec autrui. Il fallait que je me fasse une raison, cette furie
m’avait appris la solitude.
Et maintenant que Sonya était là, je pouvais mettre une croix sur tout
espoir de retrouver quelqu’un. La relation que j’entretenais avec elle rendait
tout le monde tellement jaloux. Moi ça me dégoûtait. Ils pensaient tous qu’on
était deux gros frustrés qui n’osait pas se mettre ensemble. Comme si un homme
et une femme ne pouvaient pas faire autre chose que de se grimper dessus ? Bien
sur que ça m’était passé par la tête de temps en temps. Elle était plutôt jolie
avec sa tête de garçon triste, avec de grands yeux, sa peau et ses cheveux
parfaits. Mais à quoi cela servirait ? Elle était lesbienne et, moi, je
m’affichais comme de la race des gros salops qui la confortaient dans les
bienfaits de sa sexualité.
Je lui avais offert l’hospitalité de mon cœur et maintenant qu’elle
habitait chez moi, je ne risquais pas de la virer. Elle pouvait en toute
innocence y rester tant qu’elle le voudrait.
Je
me décidai finalement à aller me rouler un nouveau calumet. Je fouillai dans le
bordel de la table basse du salon pour trouver le matériel adéquat. Il y avait
des boites de pâtés qui dégazaient du couvercle, une dangereuse assiette avec
une pastille de smack éventrée, des filtres partout, des piles, des dizaines de
briquets, des boites de conditionnement de bouffe chinoise, un sachet de coke,
des cendriers qui débordaient, des bouteilles de bière, une bouteille géante de
soy sauce japonaise, des verres à saké et des OCB bien planquées dans toute
cette merde. Si je n’avais pas ces femmes de ménage qui venaient éradiquer ce
foutoir une fois par semaine, je me serais pris pour un junkie qui ne gérait
plus rien du tout.
Mais tout ça ne me découragea pas dans mon entreprise. Je fus tenté de
me mettre une petite vidéo porno fraîchement péchée en fond visuel, mais je me
ravisai en pensant aux paroles de Sonya. Il fallait absolument que je me calme
avec ces vidéos ou je finirais par me transformer en mutant libidineux à bite
tordue.
Le stick roulé, je m’enfonçai dans le canapé en me délectant du calme
régnant dans cette pièce.
Quelques jours auparavant, c’était une autre histoire. J’étais allé
traîner la patte à un dîner de nouvel an avec Iro mon collègue chez Uniform. Il
s’était retrouvé seul ce soir là, car sa femme n’avait pas encore emménagé avec
lui. On avait mangé du canard qui pue au champagne dans un restaurant
indonésien. Iro parlait parfaitement français et du coup ça simplifiait
énormément la conversation. Il n’y a rien de pire qu’un japonais qui ne parle
pas bien anglais. Ils sont déjà si compliqués à comprendre, que s’il fallait
rajouter une dimension linguistique, on nagerait vite dans le surréalisme. A la
fois, n’était-ce pas la meilleure façon de décrire le réel que de le faire
partir dans sa dimension surélevée ?
Iro était de bonne humeur, mais je n’en menais pas large. Je n’en
menais jamais large à ce genre d’occasion. J’étais un vrai rabat-joie.
-
Maxime,
tu connais des blagues ?
-
Non j’aime
pas trop les blagues en fait…
-
Connais-tu
la blague des vaches ?
-
Euh, non…
je connais pas de blagues…
-
Alors,
l’idée c’est que t’as deux vaches dans diffélents systèmes. D’abord le
socialisme : T’as do vaches. Tes voisins t’aident à t’en occuper et vous vous
paltagez le lait.
-
Mouais…
-
Communisme : T’as do vaches.
-
Oui,
oui je sais que j’ai deux vaches…
-
Le gouvelnement te plend les do et te foulnit en lait.
-
Ouais…
-
Fascisme : T’as do vaches. Le gouvelnement te plend
les do et te vend le lait.
-
Mffff…
-
Nazisme : T’as do vaches. Le gouvernement te plend la
vache blonde et abat la blune.
-
Mffff… ah, ça le nazisme ça fait toujours bien rire !
-
Dictature ! T’as deux vaches ! Les miliciens les
confisquent et te fusillent. Féodalisme : T’as deux vaches. Le seigneul
s'arrroge la moitié du lait.
-
S’arroger ?
-
Monopolise … Démocratie : T’as do vaches. Un
vote décide à qui appaltient le lait.
-
Arrêtes de dire t’as do vaches !
-
Démocratie de Singapour : T’as do vaches. Vous écopez
d'une amende pour détention de bétail en appartement.
-
Clair !
-
Anarchie : T’as do vaches. Tu les laisses se tlaile
en autogestion.
-
Mouais…
-
Capitalisme : T’as do vaches. T’en vends une et, tu
t’achètes un tauleau pour faile des petits.
-
T’en as beaucoup comme ça ?
Au même moment le compte à rebours avait commencé dans le restaurant.
Et ça hurlait de partout dans la rue. Je n’arrivais pas à m’enlever de la tête
que j’aurai du être à cette soirée avec Sonya chez les banquières de chez JP
Morgan. Certes, il y aurait eu bloomberg en boucle sur un plasma géant, mais au
moins ça aurait été un peu moins antisocial comme cadre. Parce que là je me
sentais un peu bloqué, entre ses vues d’esprits interminables et tous ces gens
qui s’apprêtaient à se sauter dessus.
Lorsque que c’était fini et qu’on était en 2005, Iro ne lâcha pas
l’affaire. Je regardais nerveusement autour de moi, de peur que quelqu’un me
saute dessus en débordant de joie. Je n’aurais pas réussi à gérer. Heureusement
cela ne passa dans la tête de personne et je pouvais de nouveau écouter ce
qu’il me racontait.
-
Capitalisme de HongKong : Tu as do vaches.
-
Deux !
Putain deux …
-
Tu en vends tlois à ta société cotée en boulse en
utilisant des lettles de cléance ouveltes pal ton beau-frèle auplès de ta
banque. Puis tu fais un "échange de dettes contle palticipation",
assolti d'une offle publique et, tu lécupèles quatle vaches dans l'opélation
tout bénéficiant d'un abattement fiscal pour entletien de cinq vaches. Les
dloits sur le lait de six vaches sont alols tlansfélés par un intelmédiaire
panaméen sur le compte d'une société des îles Caïman, détenue clandestinement
par un actionnaile qui levend à ta société cotée les dloits sul le lait de sept
vaches. Au lappolt de la dite société figulent huit luminants, avec option
d'achat sur une bête supplémentaile. Entle temps tu abats les deux vaches palce
que leul holoscope est défavolable.
-
Pas mal, mais j’avais entendu la même avec Enron…
-
Je cloyais que tu ne connaissais pas de blagues ?
-
C’est vrai qu’ils sont vraiment graves les gens ici !
Ils sont même complètement fous.
-
Non je ne pense pas qu’ils soient fous, mais juste inglats.
Ils ont peldu le lien avec ce qui les à lendu aussi puissant financièlement.
Ils pensent que c’est palce qu’ils ont économisé comme des chiens.
-
Tu veux parler des anglais ? C’est grâce à eux que
cette ville est devenue aussi prospère et ça n’a rien à voir avec le trip des
chinois.
-
C’est évident, les chinois ont juste obéi, aplès s’êtle
bien fait avoil.
-
Ben c’est déjà pas mal… Si tu compares avec l’Egypte et
finalement la majorité de leurs anciennes colonies qui ont complètement régressé
quand ils se sont cassés.
-
Les chinois
sont beaucoup tlop malléables. Ils sont mous et palesseux et du coup, ils ne
complennent jamais ce qu’il se passe. C’est poulquoi les anglais ont aussi bien
léussi leul coup ici. Ils sont comme des lobots que l’on a bien lemontés. Ils
vont encore bien malché comme ça pendant un petit moment, mais si l’envilonnement
change ils ne selont plus bons à lien en quelques années. Et alols quelqu’un leviendla
se selvil de ce glos gâteau.
-
Ouais
enfin dans ce cas là, l’Asie en général c’est un gros gâteau pour le monde
occidental. Et tu me fous les boules, j’ai l’impression que d’une minute à
l’autre tu vas te mettre à me dire que dans pas longtemps vous allez les
envahir.
-
Ah ah!
Et tu connais le capitalisme eulopéen ?
-
Non…
je m’attends au pire.
-
On te subventionne la plemière année pour acheter une
tloisième vache. On fixe des quotas la deuxième année et tu payes une amende
pour sulproduction. On te donne une plime la tloisième année pour abattle la
tloisième vache.
-
Et ça serait quoi le capitalisme japonais ? T’as deux
vaches, tu les transformes pour qu’elles prennent dix fois moins de place et
qu’elles produisent 10 fois plus de lait ?
-
Oui, et tu en plofites pour créer une ligne de produit
pour enfant appeler cowkimon…
-
Vachémon !
-
Non, c’est pas esthétique, Cowkimon c’est mieux.
Je ne s’avais pas comment il pouvait retenir autant
de truc. J’avais toujours pensé avoir une grosse mémoire de curieux. Mais ce
petit mec me la coupait. Il retenait tout du premier coup. C’était assez
flippant. Il suffisait de lui demander s’il se souvenait de ce que je lui avais
dit à telle occasion, pour qu’il le ressorte texto. Je me demandais bien s’il
pouvait remonter comme ça jusqu’à sa naissance. Ce petit malin prétendait que
non.
La serveuse me faisait chier avec ses airs de « ben faut s’amuser, c’est pas tous les jours
le nouvel an ! ». Ça devait lui faire plaisir de voir qu’il ne
suffisait pas d’être en vacances pour s’amuser. Et j’en avais raz le bol de
tous ces gens qui me forçaient à être cool. Si je ne voulais pas l’être, c’était
quand même un droit inaliénable. Qu’est ce que c’était que cette nouvelle forme
de terreur ? Le pire c’était qu’ils étaient les derniers à l’être, cool. Ce
qu’ils attendaient, c’était juste que les autres le soient pour qu’ils puissent
se distraire du spectacle qu’offrait leur joie. Je n’écoutais donc ce genre de
conseil que s’il venait effectivement de quelqu’un qui savait plaisanter. Mais
ce genre de personnes ne se risquait jamais à faire de telles remarques car elles
savaient aussi se taire.
Lorsque le quota de temps à passer ensemble pour
faire semblant que j’étais sociable fut atteint, il était une heure du matin et
des jeunes anglo-saxons se roulaient des pelles de partout en hurlant ” happy new year ! ”. Une grande
blonde toute bourrée avec une Foster à la main tenta subrepticement de
m’embrasser. Iro mâtait comme un fou et se demandait pourquoi il n’y avait pas
autant de rassemblements de blancs à Tokyo.
Nous évitâmes méticuleusement tous les foyers de
joie et d’exubérance en avançant dans Lockheart Road. Je sentais bien que ça
l’arrangeait aussi, car il n’était pas du tout du genre à extérioriser. Il
fallait qu’il soit bien bourré pour commencer à délirer.
Je décidai qu’il était temps de faire quelque chose
de cette soirée. La serveuse avait raison, ce n’était pas nouvel an tous les
jours. Alors que faisait-on lorsqu’on pouvait justifier sa bonne conscience en se
disant qu’on ne le fera pas tous les jours ?
Il fallait se droguer. Je décidais de passer le cap
et d’aller voir les espèces de déchets dégénérés sous méthadone qui hantaient
les soubassements de la passerelle. Cette bande de rats décharnés devait
sûrement avoir de quoi passer un joyeux réveillon. Certes, c’était dur à
imaginer lorsqu’on voyait leurs regards déshumanisés, à coté des panneaux
publicitaires contre la fièvre aphteuse et l’encéphalite spongiforme. Il
fallait imaginer un temps reculé où ces mammifères avaient eux aussi été doués
de raison et que la dope qui les avait mis dans cet état devait être sacrément
bonne. On ne se transformait pas en mort vivant pour du café et des clopes. Ou
alors si, mais il fallait être japonais.
Lorsque je m’approchai d’eux, un petit mec avec un
béret en jean vint à ma rencontre. Il me regardait comme si il faisait un de
ces mauvais rêves où tout devient exaltant sans raison. Je tentai de lui
parler, mais il ne comprenait rien à ce que je lui disais. Il me répétait juste
le prix du deal : ”three hundred,
three hundred ”. Iro me glissait que c’était trop cher, que je devais me
méfier. Je tentai de négocier et de savoir ce que c’était, mais il n’y avait
pas moyen. Je lui proposai un petit : ”Is
it smack ? ”, auquel le zombie répondit mécaniquement par
l’affirmative. Je lui donnai un billet de cent. Il faisait mine qu’il voulait
le reste, mais Iro ne décampait pas. Il ne voulait pas qu’on se fasse avoir par
un rat d’égout. Alors je lui allongeai le deuxième billet en répétant que maintenant
je voulais voir la came. Le mulot céda et sortit un sachet rose de son nez. Au
même moment je lui tendis le dernier billet et nous déguerpîmes sur-le-champ.
On hallucinait complément. D’où est-ce qu’on
pouvait se mettre des machins pareils dans le nez. Iro était persuadé que
c’était un tour de magie. Moi je n’en avais aucune idée, tout ce que je savais,
c’était que ce mec était capable de faire des trucs vraiment bizarres.
Peut-être synthétisait-il lui-même sa drogue avec ses sinus.
Nous passâmes ensuite devant un groupe de chattes
de gouttières qui semblaient visiblement intriguer Iro. Il les dévisageait avec
un intérêt non dissimulé.
J’avais déjà discuté avec elles. Elles étaient très
charmantes et avaient beaucoup d’humour. Je décidai que quitte à se droguer
avec un truc sorti du nez d’une goule purulente, on pouvait bien pousser un
petit peu plus loin dans le grotesque. Je ne savais pas si Iro réalisait
vraiment que les petites étaient des transsexuels. Il y en avait une qui ne
faisait aucun doute, mais les deux autres étaient vraiment parfaites.
-
Hello guys! Buy one get one free!
-
Alors Iro ? On se fait un petit extra ?
-
Wosh…
-
Vous êtes français ?
-
Bonsoir ! Oui je suis français.
-
J’ai étudié le Français à l’université en Malaisie. Je
parle un petit peu.
-
Salut, je suis japonais. How much is it ?
-
One thousand darling.
-
C’est pas cher ! For how long ?
-
Deux heures…
-
Can we fuck you together
-
Well… maybe yes, maybe no…
-
Ça te dit ?
-
Mouais, mais seulement avec la plus mignonne.
-
Bon ben c’est bon alors moi je prends l’autre.
-
Ok guys! You come to our room.
It’s nice you’ll see.
J’hallucinais totale. Ce gars n’en avait rien faire
de se taper des mecs retravaillés au bistouri. Il était marié et, même si
j’avais grillé que c’était un bon lascar, je n’avais jamais imaginé qu’il
pouvait partir autant en couille. Il avait tout de suite pris les devants et ne
s’était pas dégonflé pour un sou. Je ne savais pas trop où on allait comme ça.
Comment allais-je gérer une fois le moment propice arrivé ? En plus il
voulait se faire un truc bien compliqué à plusieurs. Et moi qui n’avais pas
joui depuis si longtemps, j’allais être ridicule à me faire dans le boxer au
premier frotti-frotta.
Je n’avais plus mon mot à dire. J’avais lancé la
machine par curiosité et, elle était partie à tombeau ouvert, filant vers leur
hôtel sans se soucier de mes arrières pensés.
Leur lit d’amour s’averra être un trou à pute
glauque, tenu par un chinois en marcel, qui se branlait avec salacité devant
une vidéo porno zoophile. Iro proposa avec force de bouger rapidement et
d’aller chez moi en prétextant que je lui avais vanté les mérites de mon lit
super king size. Nous déguerpîmes sans trop de remords.
Dans la cage d’escalier, les princesses traînaient
la patte en hallucinant que l’on puisse habiter au quatrième sans ascenseur.
Elles soufflaient leurs vingt ans en me maudissant.
Soudainement, elles voulaient savoir si on prenait
de la coke. Iro était tout sourire. Il ne lâcha pas le morceau et leur demanda
si elles pouvaient en avoir. La plus jolie sourit et lui demanda s’il avait
deux milles dollars. J’avertis Iro que c’était un peu trop cher quand même.
Mais il ne décramponna pas l’affaire. Elle le rassura en lui expliquant que
c’était vraiment de la bonne qualité qui venait du Niger. Iro tomba
consciemment dans le panneau et lança la commande. Je devais avouer que j’étais
pas contre du tout. Finalement c’était plus sain que le substrat radioactif
rose que j’avais dans la poche.
Nous étions à peine arrivé dans l’appartement,
qu’il emballa la plus grande sur le canapé. Je restai planté un petit moment à
les observer se rouler des pelles, pendant que l’autre se baladait dans le
couloir en admirant ma collection de peintures bollywoodiennes.
Je commençais les hostilités en préparant une
petite pipe avec du papier d’alu pour allumer le smack.
Pendant ce temps, Iro se faisait déjà pomper
bruyamment par la grande au regard vide et ma mignonne me caressait
langoureusement le dos, puis l’entrejambe. C’était vraiment obscène comme
tableau et je bandais déjà comme une vierge.
Fier de moi, je contemplais mon œuvre métallique
sous tous les angles en pensant à Sonya. Elle allait peut être rentrer et ça
serait pas super joli si elle nous surprenait comme ça, complément camés avec
des trans. Je devais lutter ferme pour pas qu’on me déboutonne le pantalon
pendant que j’inaugurais la pipe.
L’effet de l’opiacé fut immédiat. Je ne pensais
plus qu’à moi. J’en avais tout de suite plus rien à foutre de Sonya et d’avoir
l’air con devant ces trois excités. J’avais envie de chier et c’était tout ce
qui comptait. Je pris le matériel nécessaire pour aller me rouler un joint aux
chiottes en paix avec moi-même.
Lorsque je revins, ils n’avaient visiblement pas
touché à ma pipe, ils avaient migré dans ma chambre. Mon odorat affûté par le
substrat détectait une odeur trop âcre qui émanait
derrière la surdose de parfum.
J’entrebâillai la porte pour voir ce qu’ils
fabriquaient. Je m’attendais à voir Iro en train de se faire prendre par la
grande folasse. Mais cela aurait été impossible puisque aucune d’elles n’avait
de bite. Je finissais par me demander si je n’avais pas rêvé et si ce n’était
pas des vraies filles. J’avais déjà eu ce sentiment lorsque j’avais maté leurs
mains. Normalement c’est ce qui les trompe. Mais là, j’avais été éberlué de
constater qu’elles avaient des petites mains toutes fragiles.
Toujours était-il, qu’ils étaient bien affairés et
qu’ils ne remarquèrent même pas ma présence. Iro se déchaînait dans la chatte
de ma préférée, pendant que la grande le masturbait à chaque fois qu’il
ressortait d’elle. Accessoirement, elle se mettait un petit gode dans le cul.
Ils bramaient une sérénade de lubricité.
Malgré l’héroïne, j’avais grave la gaule. Ils
poussaient des vrais cris d’animaux, en cinglant sévère. Je me trémoussais dans
le canapé en consultant ma boite vocale. J’avais laissé mon téléphone en
partant au restaurant et, du coup, j’avais loupé sept appels ; les sept
démons de ma conscience.
Il y avait tout d’abord cette fille thaïe que
j’avais rencontrée au restaurant et qui m’avait sauté dessus pour, soi-disant,
me masser. Elle était toute seule et se morfondait.
Ensuite il y avait le Népali à qui j’avais commandé
de l’ice. Il était passé avant minuit et me prévenait qu’il allait réessayer
dans deux heures. Il y avait Coralie et ma tante qui me souhaitaient la bonne
année. L’entraîneuse philippino qui me traitait de connard et qui m’expliquait
à quel point elle était contente que je ne sois plus dans sa vie. Le président
d’Uniform qui avait envoyé ses vœux téléphoniques automatiquement dés la
première minute de l’année. Et pour finir Sonya hilare, qui s’énervait en me
traitant de ”tête d’éparpillé”. Elle voulait savoir si on avait finalement
réussi à trouver de la dope et dans le doute elle allait en ramener plein.
Je décidai de rappeler la thaï, pour l’inviter et
qu’elle arrête de déprimer toute seule. J’eus un peu de mal à la convaincre
après qu’elle eut entendu les cris de jouissance en fond sonore. Apres
négociation, je finis par lui promettre que je lui payerais le taxi si elle
venait.
Lorsque je raccrochai, la serrure de la porte
principale cliqueta. Je m’attendais à voir la police ou bien Steve Austin. Mais,
à mon grand réconfort, c’était Sonya.
Elle n’était pas toute seule. C’était une Sonya
accompagnée. Attention, mademoiselle n’avait pas perdu de temps. A peine une
semaine et, déjà, elle avait ses petits réseaux, ses petites soirées où l’on
ramassait des perles.
Over-maquillée, toute de noir vêtue, le gibier
avait l’air d’être une goth. Un peu comme Sonya au final, mais en beaucoup plus
stylée et avec beaucoup plus de sensualité. Elle ne me dît même pas bonjour. Je
devais avoir une sale gueule ou alors elle était un peu stressée par les cris
qui ne cessaient de s’échapper de la chambre. Je ne savais pas ce que Sonya
avait pu lui raconter, mais elle avait l’air d’être carrément speed ; sur
la défensive. Elle n’allait pas me faire ni de cadeau, ni même de concession.
Ça se lisait dans ses yeux.
Elle n’avait pas encore parlé que j’avais déjà
senti qu’elle était française. Ça ne m’était jamais arrivé de faire autant de
facéties de contact visuel avec d’autres nationalités que les français. Entre
nous, on avait notre propre jargon et il était très vite mal interprété par d’autres
cultures. Non, le langage du corps n’est pas quelque chose d’universel.
Sonya me remballa direct en me demandant pourquoi
j’avais encore oublié mon portable. D’un geste magistral, elle me jeta deux
sachets de coke à la figure. Mes réflexes étant au plus bas, je n’eus pas le
temps de les éviter. Cela fit beaucoup rire sa copine qui dévoila finalement sa
nationalité en sortant un « mort
de rire », accompagné d’un rire aristocratique bien de chez nous. Il
fallait que je m’y fasse, elles avaient dû se monter la tête toutes les deux et
j’allai passer un sale quart d’heure entre leurs griffes de petites filles
excitées.
-
Nan mais tu t’es regardé, franchement ?
-
Hein quoi, qu’est ce que j’ai encore ?
-
Ben t’es une vrai loque ! T’as l’air d’être
complètement défoncé et t’es tout seul pour le nouvel an. Je veux bien le tripe
glauque, mais là t’atteins des sommets de décadence.
-
O, hey… tranquille !
-
Et c’est quoi ce truc dégueulasse qui tourne sur le PC de
ta chambre ? Tu pourrais au moins faire semblant d’être discret…
La goth ne me laissa aucun répit et m’enchaîna
direct.
-
Il est à fond sur le porno ton pote ?
-
Pff… ne m’en parle pas…
-
Ouais mais j’arrête. C’est pour ça, pour me désintoxiquer
je garde que le son pendant une semaine. J’y vais progressivement… Nan, nan. En
fait, c’est pas un film, c’est mon collègue japonais qui tripe…
-
Hein ? Quoi ? T’as ramené ton collègue japonais
et sa femme ?
-
Nan, nan, sa femme n’est pas encore là…
-
Mais il est pas avec une femme ? C’est que des mecs
non ?
-
Ben ouais je crois bien. Quand on les voit, on a du mal à
dire… mais c’est vrai qu’elles ont quand même des voix bizarres.
-
Elles ? Comment ça ”elles” ?
-
Ben je sais pas. Ils
ressemblent tellement à des meufs que je trouve ça assez normal de dire ”elles”… non ?
-
Ben on sait pas… on a pas vu les morceaux.
-
O mon dieu… Ton collègue est en train de ce taper des
transsexuels pour commencer la nouvelle année ?
Je bataillai un bon moment avec elles. En faisant
preuve de ma pire mauvaise foi pour détourner les sujets de conversation et
qu’elles se calment un peu. Sonya n’en démordait pas, elle avait la haine
contre moi. Elle ne voulait pas digérer l’appel dans le vent. Tout cela étant
hautement aggravé par les regards que je jetais à sa copine.
Elle s’appelait Prune et avait de très, très jolis
yeux verts de chat. J’étais tout simplement subjugué par son regard. J’avais
beau me dire d’arrêter de la fixer, je ne tenais jamais bien longtemps. Elle
cessa les hostilités en se rapprochant gracieusement de moi pour se saisir d’un
sachet de coke. Elle en vida une grosse quantité sur sa cuisse, qu’elle sépara
en trois lignes parfaitement égales.
Sonya se fit un plaisir de prendre la première,
puis de m’inviter dédaigneusement à la suivre. Prune se pencha de toute sa
félinité pour finir en s’en mettant symétriquement dans chaque narine.
Apres un petit blanc d’accalmie, je savais qu’elles
allaient de nouveau enchaîner sur moi. J’aurais peut-être dû rejoindre Iro
quand j’en avais encore le temps. Ou alors aimais-je ça, finalement, de me
faire enflammer par ces sorcières ?
Prune revint à la charge.
-
Ben tu vois en voyant ton pote je me dis que c’est quand
même la classe d’être lesbienne. Regarde le avec ses gros yeux globuleux de
chien battu qui veut un os.
-
J’ai pas des yeux globuleux…
-
Mon pauvre si tu te voyais ! Je sais pas si t’es
comme ça tous les jours, mais si c’est le cas, c’est pas gagné… Si tu crois un
seul instant que tu m’intéresses, faut vraiment que t’arrêtes la came. Finalement
si, tu m’intéresses, comme rat de laboratoire. J’aimerai bien faire des
expériences.
-
Ben vas-y, te gènes pas !
-
Non pas maintenant mais ne t’inquiètes pas je prendrai ta
carte.
Sonya me connaissait assez pour savoir remettre la
bonne couche au bon moment.
-
Tu sais quoi, ce trou du cul m’a fait un plan terrible à
Stockholm. J’avais une copine straight qui était en pleine rupture après six
ans de relation avec son copain qui l’avait faite venir de Californie. En plus
de ça, la pauvre venait de voir son père et sa meilleure copine mourir d’un
cancer. Elle avait trop besoin de réconfort et il n’a même pas réussi à se la
ramener.